Réduire les déplacements domicile-travail

Scène d'embouteillage sur la rocade de l'agglomération bordelaise. Photo Stéphane LartigueLes évolutions en matière de pratiques de déplacement ne s’infléchissent pas : malgré les efforts entrepris par les pouvoirs publics pour adapter et varier au mieux l’offre de transports collectifs et fixer, plus largement, des objectifs environnementaux à atteindre, plus d’un million d’Aquitains (8 actifs sur 10) privilégie l’automobile pour aller travailler. Une pratique supérieure à celle observée à l’échelle nationale (7 sur 10) selon le recensement de la population de 2009 réalisé par l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE).

Ces pratiques ont donc des conséquences négatives sur l’environnement, mais aussi sur la santé des « navetteurs » et leur niveau de vie, et encore, évidemment, sur la productivité des entreprises.

860 000 Aquitains « font la navette » entre leur domicile et leur lieu de travail, souvent pour allumer un ordinateur ! Tout ça pour allumer un ordinateur - Image extraite du film d'animation de Néo Nomade - Image d'un salarié épuisé par les transports qui arrive en retard au bureau juste pour allumer un ordinateur ! (.jpeg - 13 Ko) (lien vers le film dans la partie "Avec quels impacts ?")

Quels impacts, quelles solutions ?
Et le numérique dans tout ça ?

Des déplacements domicile-travail de plus en plus longs...

Ces éléments sont issus de l’étude réalisée par la Dreal Aquitaine (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement) et l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) qui visait à mesurer, sur la période 1999-2009, l’évolution des déplacements journaliers domicile-travail et à examiner leurs interactions avec l’étalement urbain constaté dans la région Aquitaine.
Télécharger l’étude (.pdf - 1,3 Mo)

860 000 Aquitains font la « navette » tous les jours pour aller travailler

Sur les 1 300 000 actifs aquitains ayant un emploi en 2009, 66 % ont déclaré travailler hors de leur commune de résidence. Ils n’étaient que 61 % en 1999 (44 % en 1982). Graphique 1 - évolution de la part d'Aquitains travaillant en dehors de leur commune de résidence (.jpeg - 15 Ko) Tableau de données en fin d'article

Cette évolution suit la tendance nationale : en métropole, la proportion des migrants domicile-travail est passée de 61 % à 65 % entre les mêmes dates (46 % en 1982).
Une augmentation de la part des « navetteurs » dans la population active de presque 20% en 27 ans.

Graphique 2 - Part d'Aquitains travaillant en dehors de leur commune de résidence (.jpeg - 14 Ko) Tableau de données en fin d'article Selon l’étude, ce sont près de 860 000 Aquitains qui font la « navette » tous les jours entre leur domicile et leur lieu de travail, et ils sont de plus en plus nombreux.

La moitié de ces « navetteurs » habite ou travaille dans les trois plus grandes unités urbaines : Bordeaux, Bayonne et Pau.

Un « navetteur » sur quatre habite à plus de 40 minutes de son lieu de travail

Lorsque leur métier s’exerce hors de leur commune de résidence, la moitié des « navetteurs » parcourt plus de 12 km pour arriver au travail, pour un temps de trajet supérieur à 22 minutes. Parmi ces derniers, un sur quatre est même domicilié à plus de 40 minutes de son lieu de travail.
Graphique 3 - Part des Aquitains travaillant hors commune de résidence, suivant la durée quotidienne du trajet domicile-travail (.jpg - 17 Ko) Tableau de données en fin d'article 107 500 Aquitains perdent chaque jour au minimum 1 heure 20 de leur temps (aller-retour) pour aller travailler.

Ces distances domicile-travail parcourues reflètent la progression d’un étalement urbain lié aux migrations résidentielles des populations vers les zones périurbaines et rurales, plus attractives que les zones urbaines du fait du prix du foncier et la qualité de l’environnement.

1 million d’Aquitains se rendent au travail en voiture

Embouteillages 17 juillet 2004 afp.com/Fred Dufour

À l’échelle aquitaine, 79 % des déplacements domicile-travail se font en voiture, camion ou fourgonnette, avec une progression de 2 points depuis 1999.
Les Aquitains se déplacent davantage avec ce mode de transport que les autres travailleurs de province où la voiture est utilisée par 77% d’entre eux, même pour les trajets domicile-travail dans la même commune (la voiture est citée dans un cas sur deux (53%)).  Graphique 4 - nombre d'actifs aquitains selon le mode de transport (.jpeg - 18 Ko) Tableau de données en fin d'article


Les actifs qui recourent le plus fortement à l’automobile (93%) résident dans les couronnes des aires urbaines.
Cet usage diminue légèrement (88%) pour des déplacements plus longs (à compter du 30ème km). C’est dans ce cas que les Aquitains recourent le plus aux transports en commun. L’utilisation croissante de trains modernes vers l’agglomération bordelaise, des cadencements plus élevés d’un côté, d’une hausse du prix des carburants de l’autre, contribuent à expliquer ce résultat. Graphique 5 - répartition des déplacements selon le mode de transport et l'éloignement du domicile (.jpeg - 28 Ko) Tableau de données en fin d'article

En 2009, 1 027 000 Aquitains se sont croisés sur les routes matins et soirs pour aller travailler.

... avec quels impacts ?

Pour le travailleur

L’allongement des temps de déplacement a des impacts reconnus sur la santé : accroissement de la fatigue, augmentation du stress dû aux embouteillages et au risque d’accident… mais aussi un impact financier : baisse des revenus liée à l’augmentation du budget transports

Pour l’employeur
Augmentation des arrêts maladie, des retards quotidiens, moins de productivité, contribution au stress

Pour l’environnement
Diminution de la qualité de l’air, augmentation des gaz à effet de serre (GES), engorgement des voies de circulation


Illustrations

Un film d’animation original et décalé sur le sujet des déplacements domicile-travail en Ile-de-France réalisé pour Néo-nomade http://neo-nomade.com/ illustre bien ces propos « Tout ca pour allumer un ordinateur ? » (3 minutes 46).

Embouteillages et pollution - Neo Nomade (.jpeg - 13 Ko) Tout ça pour allumer un ordinateur - Image extraite du film d'animation de Néo Nomade - Image d'un salarié épuisé par les transports qui arrive en retard au bureau juste pour allumer un ordinateur ! (.jpeg - 13 Ko) (lien vers le film dans la partie "Avec quels impacts ?")

Principaux impacts des trajets domicile-travail pour 1 salarié sur une année (215 jours de travail)

  • nombre moyen de kilomètres effectués par un salarié français sur le trajet domicile-travail : 26 km par trajet (soit 52 km / jour) =11 180 km effectués
  • temps de transport moyen domicile-travail estimé à 22 minutes en Aquitaine (Insee 2009), 25 minutes en février 2013 (en référence au sondage IFOP pour le journal Métro), soit environ une heure / jour = 215 heures passées dans les transports
    • soit près de 9 journées de 24H
    • ou l’équivalent de près de 28 jours de travail
  • coûts estimés d’un déplacement en voiture = 5 382 € dépensés
  • consommation de carburant moyenne estimée = 788 litres consommés
  • émissions de gaz à effet de serre (GES) moyennes estimées en Tonne équivalent carbone = 2 426 kilos émis.

« L'essentiel c'est de bien comprimer le temps de trajet » (photo Wingz/Metro) - illustration d'un « navetteur » comprimé dans les transports en commun

L’allongement des distances parcourues par les Aquitains et l’augmentation exponentielle du trafic automobile avec ses impacts négatifs tels qu’illustrés précédemment, semblent inéluctables si aucune action significative n’est menée pour réduire ces déplacements.

Une urgence reconnue par les acteurs publics


Aussi, les questions de mobilité sont devenues une des préoccupations majeures dans la réflexion prospective des acteurs publics, avec par exemple, outre l’action de la Région Aquitaine, la mise en place :,

  • du Club de la mobilité de la Communauté urbaine de Bordeaux, en partenariat avec l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) et la Chambre de commerce et d’industrie de Bordeaux http://atelier.lacub.fr/clubdelamobilite
  • de « Transgironde mobilités 2030 » qui est la démarche du Conseil général de la Gironde sur ce thème http://www.gironde.fr/jcms/cgw_42020/mobilites-2030
  • pour sa part, le Conseil général des Pyrénées-Atlantiques a souhaité pour sa part privilégier les modes de déplacement alternatifs dans son Schéma

Le souhait des élus est en général d’inciter à une plus forte utilisation des transports collectifs, et pose la question de l’adéquation de l’offre aux besoins des actifs, notamment de la proximité des arrêts au domicile et au lieu de travail ainsi qu’un temps de trajet non rédhibitoire par rapport à un trajet effectué en voiture.
Mais il faut se rendre à l’évidence, malgré les efforts entrepris par les pouvoirs publics pour adapter et varier au mieux l’offre de transports alternatifs, les déplacements domicile-travail risquent de rester majoritairement l’apanage de la voiture.

L’émergence de solutions innovantes

Inciter à une utilisation collective de la voiture

Pour servir cet objectif, il s’agit de convaincre des avantages du partage de véhicules et de chercher à modifier le réflexe des individus à utiliser quasi systématiquement leur voiture individuelle. Ce qui implique un changement des mentalités long à s’opérer.

Des exemples en Aquitaine :
Logo site MoiJeCovoiture.fr Co-voiturage

Autopartage

Ces solutions sont une piste de réduction des déplacements intéressante mais elles restent insuffisantes : si les plateformes de covoiturage et d’autopartage encouragent l’optimisation de l’utilisation de la voiture pour se déplacer, seul le télétravail - réalisé depuis son domicile ou depuis un espace de travail partagé (Tiers-lieu) - permet de réduire significativement les déplacements puisque ces derniers sont réduits ou non effectués les jours de télétravail.

Favoriser le travail à distance

Une souris "verte" (souris informatique posée dans l'herbe) - Région AquitaineLes solutions de travail à distance semblent avoir un plus fort potentiel de réduction significative des déplacements en raison du nombre de personnes susceptibles de télétravailler.
En effet, selon l’enquête sur le télétravail dans les entreprises aquitaines réalisée par Raudin en juin 2011, en 2010, seuls 9% des salariés français, contre 18% des européens, pratiquaient le télétravail.
Toutefois, d’ici 2015, cette pratique est susceptible de concerner 47% de la population active (Situation du télétravail en France et dans les pays de l’OCDE - Centre d’analyse stratégique – nov. 2009)

Aujourd’hui, 470 000 Aquitains exercent un métier dont la probabilité de pratique du télétravail est forte. Plus précisément, ils sont environ 45 000 en Dordogne, 250 000 en Gironde, 40 000 dans les Landes, 40 000 dans le Lot-et-Garonne et 96 000 dans les Pyrénées-Atlantiques.

De plus, on repère une volonté croissante des salariés (tant du secteur privé que du public) à travailler à distance quelques jours par semaine.

Impacts et avantages du télétravail

Arrêt minute - espace de coworking à Pomerol (Gironde) Rez-de-chaussée

Avantages pour l’environnement

  • décongestion des grandes villes, des axes routiers et des transports collectifs saturés
  • diminution des gaz à effet de serre et de la pollution atmosphérique
  • revitalisation d’espaces ruraux ou péri-urbains
  • amélioration du Bilan carbone des organisations
  • mise en application des plans de déplacement des entreprises
  • solution de prévention en cas de risques naturels, de pollution ou technologiques

Avantages socio-économiques

  • mise en application de la Responsabilité Sociale des Organisations (RSO)
  • améliorer la productivité globale rendue possible notamment grâce à une capacité de concentration accrue en télétravail. Les études s’accordent pour dire qu’un télétravailleur est de 10 à 20% plus productif.
  • insertion sociale possible de personne à mobilité réduite
  • facteur d’un nouveau mode d’organisation du travail et de bien-être social
  • réponse aux aspirations des salariés à bénéficier d’une plus grande liberté dans la gestion de leur temps et dans le choix de leur implantation géographique
  • diminution de l’absentéisme, du stress lié aux transports et aux retards possibles, des risques d’accidents et des soucis de santé dus à la fatigue
  • solution pour la continuité de l’activité en cas de pandémie

Avantages financiers

  • réduction de la participation des entreprises aux frais de déplacement des salariés
  • diminution des coûts liés à l’immobilier
  • augmentation des ressources des entreprises grâce à la productivité obtenue
  • augmentation du pouvoir d’achat des salariés grâce aux économies sur les transports
  • baisse constante du coût des équipements numériques
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Données et chiffres clé sur le télétravail en France et en Aquitaine
Réalisation Délégation TIC - 2011

Ces principaux éléments sont tirés du document Données et chiffres clés du télétravail en France et en Aquitaine. Celui-ci recense également les inconvénients du télétravail et les enjeux pour l’Aquitaine.

Hypothèse de réduction des gaz à effet de serre (GES) grâce au développement du travail à distance :
Site naturel Béarn (photo patrimoine-naturel.aquitaine.fr)
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : par hypothèse, si les 35 000 « navetteurs » qui viennent en voiture dans l’agglomération de Bordeaux tous les matins et qui habitent à plus de 30 kilomètres de leur lieu de travail pouvaient travailler à distance ne serait-ce qu’un jour par semaine, c’est au minimum 90 millions de kilomètres de trajets(1) qui pourraient être économisés chaque année, soit 27 090 Tonnes équivalent carbone (Tec) non émises (2) (équivalent de la consommation annuelle totale de 11 880 Français, toutes dépenses confondues : déplacements, énergies dépensées au domicile pour s’éclairer, se chauffer…)

(1) 60 km pour 1 aller-retour quotidien non effectué x 43 semaines travaillées = 2 580 kilomètres évités pour une personne et par an, x 35 000 personnes = 90 300 000 kilomètres évités
(2) 3 888,60 kilos équivalent carbone émis sur l’année = 18 kilos eq carbone par jour x 43 semaines = 774 kilos eq carbone non émis sur un an x 35 000 personnes = 27 090 000 kilos eq carbone soit 27 090 Tonnes équivalent carbone !
Estimations effectuées à partir de la calculette éco-déplacements de l’Ademe et des données de l’étude Citica réalisée en 2008 pour la Région Aquitaine

Plus de 40 projets de tiers-lieux en Aquitaine

Depuis le 1er janvier 2012, la Région Aquitaine a lancé un Appel à Manifestation d’Intérêt (AMI) qui a notamment pour ambition de contribuer à réduire les déplacements pendulaires domicile-travail par le développement de la pratique, grâce au déploiement du numérique, du télétravail à domicile ou dans un espace de travail partagé (tiers-lieu).
Elle souhaite ainsi développer de nouvelles façons de travailler plus proches des modes de vie actuels et plus respectueuses de l’environnement.
Ce programme est inscrit dans le cadre du Défi Aquitaine Climat : plan d’actions climat-énergie de la Région Aquitaine.

Aujourd’hui plus de 40 projets de tiers-lieux sont identifiés et accompagnés par la Délégation TIC et le collectif « Tiers-Lieux, travailler autrement en Aquitaine ». Ils concernent tous les départements.

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Carte des tiers-lieux ouverts ou en projet en juin 2013 (.pdf - 603 Ko)
Réalisation service cartographie Région Aquitaine


Le « travail à distance » peut concerner plus de 500 000 Aquitains, alors pourquoi pas vous ?
http://enquete-mobilite.aquitaine.fr

Travailler autrement... ? Répondez à l’enquête !

Tous les Aquitains - salariés ou indépendants - intéressés par ce sujet, sont invités à répondre à cette enquête (durée : 10 minutes) jusqu’au 1er juin 2013

Bandeau enquête télétravail en Aquitaine (.png - 14 Ko)

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En savoir plus :

  • Vidéo (moins de 3mn) réalisée par le Pays Cœur-entre-deux-Mers pour le lancement de la grande enquête tiers-lieux sur son territoire.
  • Tableau des données des graphiques déplacements domicile-travail intégrés à l’article (source recensement de la population Insee 2009)
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